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Financement Juillet 2026 — 7 min de lecture

Comment une structure de santé africaine peut commencer à se financer autrement.

La dépendance aux bailleurs n'est pas une fatalité. C'est un état dont on peut sortir, par étapes, avec méthode. La question n'est pas si c'est possible. C'est par où commencer.

Il y a une phrase que j'entends régulièrement dans les structures de santé africaines que je connais : « Nous n'avons pas le choix, nous dépendons des financements extérieurs. » Cette phrase est vraie. Et elle est aussi, en partie, une habitude mentale qu'on peut commencer à défaire.

La dépendance financière n'est pas un état naturel. C'est le résultat d'une accumulation de décisions, souvent raisonnables à court terme, qui ont progressivement réduit la capacité d'une structure à générer ses propres ressources. Un bailleur arrive avec un projet. La structure adapte ses priorités. Le bailleur part. La structure cherche le prochain bailleur. Et ainsi de suite.

73%

des organisations de santé en Afrique subsaharienne dépendent à plus de 50% de financements extérieurs pour leurs activités courantes. Quand un bailleur se retire, c'est l'ensemble du fonctionnement qui vacille.
WHO Africa Region Health Financing Report, 2023

Pourquoi la diversification est plus urgente qu'on ne le croit

Le risque de la mono-dépendance n'est pas hypothétique. Ces dernières années, plusieurs grandes organisations de financement de la santé ont réduit leurs enveloppes pour l'Afrique subsaharienne, redirigé leurs priorités vers d'autres zones géographiques ou d'autres thématiques. Des structures bien gérées, avec de bons résultats, se sont retrouvées en difficulté du jour au lendemain, non pas parce qu'elles avaient mal travaillé, mais parce qu'elles n'avaient qu'une seule source de financement.

La diversification n'est pas une question d'idéologie. C'est une question de survie organisationnelle. Et elle commence bien avant que la crise arrive.

Une ONG de santé maternelle en Afrique de l'Ouest. 85% du budget provenant d'un seul bailleur institutionnel. Quand ce bailleur réduit son enveloppe de 40% en un an, l'organisation frôle la fermeture de ses trois centres. Six mois plus tard, après cartographie des sources alternatives et réorientation partielle de la tarification, trois nouvelles sources complémentaires sont actives — aucune ne dépasse 20% du budget. Ce scénario, avec des variations, se répète dans de nombreuses structures de santé africaines. Il n'a rien d'inévitable.

Les trois leviers concrets à activer

Il n'existe pas de formule universelle. Mais il existe des leviers qui fonctionnent dans la plupart des contextes africains, à condition d'être activés de façon réaliste et progressive.

1
Les ressources propres générées par l'activité Revoir la tarification des services, en commençant par les services utilisés par des patients solvables. Pas pour exclure les plus vulnérables, mais pour financer leur accès. Un système de tarification différenciée, bien conçu, peut générer des ressources propres significatives sans sacrifier l'accès universel.
2
Les financements alternatifs locaux et régionaux Les fonds de financement social, les fondations locales, les entreprises en quête de RSE crédible, les diaspora bonds dans certains pays. Ces sources sont souvent sous-exploitées parce qu'elles demandent un travail de prospection différent. Elles ont l'avantage d'être plus stables et moins soumises aux cycles politiques internationaux.
3
Les partenariats à valeur partagée Des accords avec des structures complémentaires, des universités, des laboratoires, des opérateurs de télécommunications engagés dans la santé digitale. Ces partenariats apportent des ressources non monétaires, parfois plus précieuses que du cash : équipements, formations, systèmes d'information, visibilité.

Ce qui bloque vraiment

La diversification est souvent présentée comme un problème technique. Ce n'est pas le vrai problème. Le vrai problème est organisationnel et culturel.

Une structure habituée à fonctionner par projets n'a pas les mêmes réflexes qu'une structure qui gère ses propres ressources. Elle n'a pas la même relation au temps, au risque, à la décision. Passer de l'une à l'autre demande un changement de posture, pas seulement un changement de source de financement.

La dépendance aux bailleurs n'est pas une fatalité. C'est un état dont on peut sortir, par étapes, avec méthode. Mais cela demande de décider qu'on le veut vraiment, avant que la crise force la décision.

Par où commencer, concrètement

Avant de chercher de nouvelles sources de financement, une cartographie honnête de ce qui existe déjà. Quelles sont vos sources actuelles ? Quelle est la part de chacune ? Quelle est leur stabilité prévisible sur 3 ans ? Cette cartographie prend une demi-journée. Elle change souvent radicalement la perception du risque réel.

Ensuite, identifier une seule source nouvelle à développer sur 12 mois. Une seule, pas cinq. Avec un responsable nommé, un budget dédié, un indicateur de suivi. La diversification se construit une source à la fois, pas en un plan stratégique ambitieux qui ne se réalise jamais.

Enfin, commencer à réduire la dépendance envers le bailleur le plus important, même si la relation est bonne. Pas par méfiance, par précaution. Les meilleures relations avec les bailleurs sont celles où chaque partie sait que l'autre peut fonctionner sans elle.

L'autonomie financière n'est pas l'indépendance totale. C'est la capacité à traverser une tempête sans que tout s'effondre. Cette capacité se construit avant la tempête.

Financement Autonomie Bailleurs Afrique subsaharienne Gouvernance Stratégie
NJ
Nadine Jautard Nkoulou Fondatrice, Ibis & Partners — ibis-partners.ch
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