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Focus régional · Suisse

Tardoc : ce que la fin de Tarmed change vraiment pour votre structure.

Depuis le 1er janvier 2026, Tarmed n'existe plus. Après plus de vingt ans sans révision complète, le tarif médical ambulatoire de référence en Suisse a été remplacé par un nouveau système : Tardoc, complété par les forfaits ambulatoires. Le Conseil fédéral a approuvé la transition le 30 avril 2025. Le conseiller d'État bernois Pierre-Alain Schnegg, président de l'OTMA, avait prévenu sobrement : "ça va secouer en 2026."

Six mois après l'entrée en vigueur, la poussière n'est pas encore retombée. Pour un dirigeant de structure ambulatoire en Suisse romande, comprendre ce qui a changé, ce qui reste flou, et ce qu'il faut ajuster n'est pas optionnel. C'est une question de viabilité opérationnelle.

Ce qui a changé : l'essentiel en trois points

1. Une nomenclature radicalement simplifiée

Tarmed comptait près de 4 600 positions tarifaires. Tardoc en compte 1 373. Cette réduction de plus de 70% n'est pas qu'une simplification administrative : elle reflète une logique différente de valorisation des actes. Les prestations ont été regroupées, certaines supprimées, d'autres créées pour des domaines jusque-là mal couverts.

Pour les équipes administratives, cela signifie une remise à plat des chaînages de prestations dans les logiciels de facturation. Les anciens codes Tarmed ne sont plus reconnus pour les consultations à partir du 1er janvier 2026. Toute facture encore émise avec des codes Tarmed pour des prestations réalisées après cette date sera rejetée.

2. Deux modes de facturation, pas un

Tardoc n'est pas le seul nouveau tarif : il fonctionne en parallèle avec les forfaits ambulatoires. La règle générale est la suivante : 91% des prestations dans les cabinets sont facturées via Tardoc, les 9% restants via forfaits. Ces derniers concernent principalement les actes incluant des interventions, facturés à la journée.

La distinction entre les deux modes n'est pas toujours intuitive. Certaines prestations qui relevaient d'une logique à l'acte sous Tarmed entrent désormais dans le périmètre des forfaits. La formation des équipes sur cette distinction est un prérequis avant toute mise en production.

3. Une valeur du point qui varie selon le canton et la convention

Comme sous Tarmed, Tardoc fonctionne par points tarifaires. Chaque acte se voit attribuer un nombre de points, multiplié ensuite par la valeur du point en francs pour obtenir le montant facturé. Cette valeur n'est pas uniforme sur le territoire : elle varie selon le canton et la convention d'assurance applicable (LAMal, LAA, LAI, LAM).

En Suisse romande, la valeur vaudoise du point tarifaire est maintenue à 0,94 CHF comme valeur de départ pour les conventions signées avec les principales communautés d'achat. Mais cette valeur peut évoluer : le mécanisme de neutralité dynamique des coûts, prévu jusqu'en 2028, autorise des corrections annuelles dans une fourchette de -1% à +1,5%.

Ce qui reste flou : les zones d'ombre à surveiller

Tardoc ne couvre pas encore l'ensemble des domaines médicaux. Plusieurs spécialités attendent leur intégration complète : transplantations d'organes, dialyse, médecine de la procréation, irradiation thérapeutique par faisceau de protons. Pour ces domaines, les partenaires tarifaires ont élaboré des recommandations provisoires de facturation, mais la situation reste en évolution.

Par ailleurs, l'obligation d'ajouter un diagnostic sur les factures selon le code tessinois crée une asymétrie notable entre la Suisse romande et la Suisse alémanique : moins de 10% des factures romandes comportent un diagnostic, contre plus de 90% côté alémanique. La FMH travaille à une codification simplifiée, mais en attendant, une approche pragmatique s'impose structure par structure.

Enfin, la révision annuelle du système est désormais institutionnalisée via l'OTMA SA. Une première version actualisée des structures tarifaires est prévue au 1er janvier 2027. Ce calendrier de mises à jour régulières est une nouveauté par rapport à Tarmed, dont l'immobilisme était précisément le principal reproche. Il impose cependant une veille active de la part des structures.

Ce que cela change pour la direction d'une structure

La transition Tarmed/Tardoc n'est pas seulement un sujet pour le secrétariat médical ou le responsable informatique. Elle touche directement trois dimensions de la direction d'une structure ambulatoire.

La trésorerie à court terme. Toute erreur de codification génère des rejets de facturation, donc des retards de paiement. Dans les premières semaines d'un nouveau système, le taux d'erreur augmente mécaniquement. Une structure qui n'a pas anticipé ce risque peut se retrouver avec un décalage de trésorerie significatif.

La redistribution des revenus entre spécialités. Tardoc corrige des déséquilibres historiques de Tarmed : certaines spécialités voient leurs actes revalorisés, d'autres voient leur tarification baisser. La neutralité globale des coûts ne signifie pas neutralité pour chaque structure. Une analyse des positions les plus fréquemment facturées, comparées entre Tarmed et Tardoc, s'impose pour anticiper l'impact sur le chiffre d'affaires.

La formation des équipes. Une nouvelle nomenclature, de nouveaux logiciels paramétrés, de nouveaux réflexes de saisie : la charge de formation est réelle. Elle se gère, mais elle se planifie. Les structures qui ont anticipé cette formation avant janvier 2026 ont absorbé la transition plus facilement que celles qui ont découvert les nouvelles contraintes en production.

Par où commencer si ce n'est pas encore fait

Si votre structure n'a pas encore formalisé sa transition, voici les trois priorités dans l'ordre :

Vérifier que votre logiciel de facturation est à jour. Les éditeurs suisses ont pour la plupart intégré Tardoc avant l'entrée en vigueur. Si votre version n'a pas été mise à jour, c'est la première urgence. Aucune facturation correcte n'est possible sans une base tarifaire à jour.

Auditer vos chaînages de prestations. Les chaînages Tarmed ne se traduisent pas automatiquement en Tardoc dans tous les logiciels. Vérifiez poste par poste que vos actes les plus fréquents sont correctement paramétrés dans le nouveau système.

Identifier vos domaines à risque. Si votre structure couvre des spécialités non encore intégrées dans Tardoc (dialyse, procréation médicalement assistée, etc.), assurez-vous d'appliquer les recommandations provisoires de facturation publiées par les partenaires tarifaires, et de suivre l'évolution du dossier avant la mise à jour de janvier 2027.

Le prochain article de cette série abordera les outils et logiciels disponibles en Suisse romande pour accompagner concrètement cette transition.

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